Prendre soin de la mort

L’expérience du deuil nous amène à traverser une transformation dont nous ne pouvons ni anticiper le résultat ni mesurer à l’avance les effets. Il y a la perte, bien sûr, mais aussi tout ce que cette perte vient transformer dans notre manière d’être au monde, dans notre rapport aux autres et dans notre propre histoire.

Le deuil ne consiste donc pas uniquement à apprendre à vivre sans celui ou celle qui est mort. Il nous confronte aussi à la nécessité de trouver une nouvelle manière d’être en relation avec cette personne, désormais absente.

« Continuing bonds » – Les liens qui continuent

Cette approche rejoint ce que Vinciane Despret développe notamment dans « Au bonheur des morts ». Elle nous invite à considérer que la mort ne met pas nécessairement fin à la relation. Les liens peuvent continuer, mais autrement.

Nos morts continuent parfois d’habiter nos vies à travers nos souvenirs, nos gestes, nos paroles, nos habitudes, les objets qu’ils nous ont laissés, mais aussi à travers ce que nous devenons en leur absence. Ils peuvent continuer à compter, à nous inspirer, à nous questionner, parfois même à nous transformer.

Il ne s’agit ni de nier la mort, ni de maintenir artificiellement une présence, ni de rester enfermé dans le passé. Il s’agit de reconnaître que la relation peut se poursuivre sous une autre forme et que chacun peut inventer sa manière singulière de rester en lien avec ses morts.

Dans cette perspective, accompagner le deuil ne consiste pas à conduire une personne vers le détachement ou l’oubli. Il s’agit plutôt de l’accompagner dans la transformation d’une relation devenue différente, afin que l’absence puisse progressivement trouver sa place dans une vie qui continue.

L’hypnose au service de cette transformation

L’hypnose peut ouvrir un espace particulier dans ce cheminement. Elle ne permet pas seulement de mettre des mots sur ce qui s’est passé ; elle donne également accès à l’expérience corporelle, aux émotions, aux sensations, aux images et à l’imaginaire.

Elle peut ainsi aider la personne à prendre conscience de ses ressources, à entrevoir de nouvelles perspectives et à expérimenter d’autres manières d’être en relation avec son mort.

La culpabilité, la colère, la tristesse ou la peur peuvent parfois occuper tout l’espace et rendre difficile cette transformation du lien. L’hypnose peut alors permettre de rencontrer ces émotions autrement, de les laisser évoluer et de retrouver progressivement une plus grande liberté intérieure.

Il ne s’agit pas de « réparer » le deuil, ni de faire disparaître la douleur. Il s’agit de permettre que quelque chose puisse à nouveau circuler : dans le corps, dans les émotions, dans la pensée et dans la relation.

Accompagner la mort, pas seulement le deuil

Cette approche des liens continus peut également trouver sa place avant la mort.

Accompagner une personne en fin de vie, c’est aussi accompagner les relations qui l’entourent : ce qui peut être dit, ce qui reste en suspens, les peurs, les regrets, les séparations à venir, mais aussi les liens qui continueront d’exister après la mort.

L’hypnose peut offrir un espace pour se préparer à cette transformation, sans chercher à anticiper ou à contrôler ce qui va se passer. Elle peut aider à retrouver des ressources face à l’incertitude, à traverser certaines peurs et parfois à trouver une manière plus ajustée d’être présent auprès de celui ou celle qui va mourir.

Dans cet accompagnement, la mort n’est pas envisagée comme un événement qui viendrait simplement interrompre une relation, mais comme un bouleversement qui va transformer les formes du lien. Accompagner la mort, c’est alors aussi prendre soin de ce qui se joue dans la relation jusqu’au bout, et de ce qui pourra continuer à se vivre autrement après.

Parfois, une seule séance est suffisante pour traverser un moment particulier. D’autres fois, plusieurs séances sont nécessaires. La thérapie devient alors un processus d’accompagnement et de transformation, au rythme de chaque personne.

Il n’existe pas une seule manière de vivre un deuil, pas plus qu’il n’existe une seule manière de rester en lien avec ses morts. Il s’agit de trouver, pour chacun, la forme que prendra désormais cette relation.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez approfondir cette réflexion, je vous invite à écouter ce podcast dans lequel je parle notamment du pouvoir des rites funéraires et de leur place dans l’accompagnement de la mort et du deuil :

Écouter le podcast « Le pouvoir du rite funéraire » (https://podcast.ausha.co/fleur-de-cactus/chapitre-deux-le-pouvoir-du-rite-funeraire?utm_source=chatgpt.com)

 

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