CHANGER LE RÉCIT QUE L’ON SE RACONTE
Et si nous pouvions raconter notre histoire autrement ? Nous portons tous en nous une histoire.
Une histoire faite de souvenirs, de rencontres, de blessures, de réussites, de pertes, de liens familiaux, de choix et de renoncements. Mais cette histoire n’existe pas seulement comme une succession de faits : nous lui donnons du sens. Au fil du temps, nous construisons un récit de nous-mêmes.
« Je suis quelqu’un.e qui… »
« Dans ma famille, on a toujours… »
« Je ne suis pas capable de… »
« On finit toujours par m’abandonner. »
« Je dois être fort·e. »
« Je n’ai pas le droit de… »
« Je suis comme ça. »
Ces phrases peuvent devenir tellement familières qu’elles finissent par nous sembler être des vérités. Pourtant, elles sont aussi des interprétations de notre histoire.
Un récit qui peut nous enfermer
Le récit que nous avons construit de nous-mêmes n’est pas toujours conscient. Il se transmet à travers notre histoire familiale, notre éducation, notre culture, nos relations et les expériences qui nous ont marqué·es.
Certaines expériences peuvent prendre une place disproportionnée. D’autres sont oubliées, mises de côté ou restent difficiles à penser.
Nous pouvons alors finir par nous raconter toujours la même histoire — et parfois par vivre en fonction de cette histoire.
C’est ainsi que certaines répétitions apparaissent : dans nos relations amoureuses, notre vie professionnelle, notre rapport au corps, à la réussite, à l’échec, à la séparation ou à nous-mêmes.
La thérapie analytique permet de revenir sur ce récit, non pas pour réécrire artificiellement le passé, mais pour en déplacer le regard.
La thérapie comme espace de relecture
Parler, associer, revenir sur certains souvenirs, remarquer les répétitions, les contradictions, les silences ou les émotions qui surgissent dans la relation thérapeutique permet peu à peu de découvrir que notre histoire peut être regardée depuis plusieurs endroits.
Ce que nous pensions être une faiblesse peut apparaître comme une manière ancienne de nous protéger.
Ce que nous vivions comme un échec peut prendre une autre signification.
Ce que nous pensions être « notre personnalité » peut parfois être compris comme une adaptation à une histoire particulière.
Et ce que nous croyions immuable peut commencer à bouger.
La psychanalyse ne change pas les faits de notre histoire. Elle peut changer la place que nous leur donnons et la manière dont nous nous racontons à partir d’eux. De « je suis comme ça » à « je peux devenir autrement »
C’est peut-être l’un des enjeux essentiels d’une thérapie : passer progressivement d’une identité vécue comme figée à une histoire qui reste ouverte.
Il ne s’agit pas de fabriquer un récit plus positif ou de remplacer une histoire douloureuse par une histoire idéale. Il s’agit de pouvoir intégrer davantage de nuances, de contradictions et de possibilités.
Découvrir que nous avons été plusieurs choses au cours de notre vie. Que nous avons changé. Que nous avons fait avec les moyens dont nous disposions à certains moments.
Et que notre passé, aussi important soit-il, n’épuise pas ce que nous sommes aujourd’hui ni ce que nous pouvons devenir.
Le travail analytique ouvre ainsi un espace entre ce qui a été vécu et ce qui peut encore advenir. Un espace dans lequel il devient possible de ne plus seulement répéter son histoire, mais de commencer à en devenir davantage l’auteur ou l’autrice.